Samedi 13 juin 2009

Sous les eaux

Son pays sa maison sa mémoire

Les tombes de ses parents

Le chemin sur lequel il a fait ses premiers pas

Et le caillou qui l’a fait trébucher


Sous les eaux

Pour le bien de tous
Lui a-t-on dit

En lui remettant les clés

D’un bloc de béton dans le désert



Pour déplacer les géants de pierre

Ils sont tous venus de très loin

Ont applaudi devant l’exploit
Avant de repartir
 

 

Mais sa mémoire

Personne n’a pris la peine

De la recueillir dans le creux de sa main
Et de la déposer sur la rive

Avant que le fleuve ne vienne l’engloutir



 

 








Barrage d'Assouan, 10 Février 2009

Par caroline - Publié dans : Existences
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Mercredi 10 juin 2009

Je n’ai pas pleuré quand ils sont partis. Pour pleurer, il faut avoir perdu quelqu’un ou quelque chose. Je n’ai rien perdu quand ils sont partis. J’ai beau chercher, il n’y a rien d’eux dans ma mémoire qui puisse éveiller une émotion quelconque. Aucun geste, aucune parole. Aucun lien. Parents de mon père, cela ne fait pas forcément d'eux des grands-parents.

 

Quand mon grand-père est mort, j’ai pleuré. Le jour où ma grand-mère partira à son tour, je sais que je pleurerai. Ma mémoire est pleine d’eux.

 

C’est mon grand-père qui m’a appris à faire du vélo, à dessiner les sapins et les oiseaux, à chanter « Lundi matin, l’empereur, sa femme, et le p’tit prince… ». Je me souviens encore de l’odeur de son eau de Cologne et de sa lotion pour les cheveux, des intonations chantantes de sa voix, du goût de ses pastilles pour la gorge, de sa démarche claudicante, de la boite ronde de ses sucrettes pour diabétique. Je me souviens d’avoir ri le jour où il a pris un petit lapin dans ses mains pour nous le montrer, et qu’il s’est retrouvé avec une auréole sur son tee-shirt.

 

De ma grand-mère, j’ai toujours en bouche le goût des crêpes, dont elle seule détient le secret, et celui de la tranche de pain accompagnée d’une « bille » de chocolat au lait, qu’elle nous donnait pour le goûter. J’entends encore la phrase mille fois répétée pour amuser ses petits enfants, quand elle enlevait son dentier. Je sais que ses mains sont rugueuses à force d’avoir travaillé la terre.

 

De leur maison, je connais toutes les odeurs : celle du buis au bord de la route, de la paille humide dans l’écurie, de la pierre et de la fumée dans le cabanon, et l’odeur indéfinissable du placard dans lequel on se cachait le soir de Noël.

 

Des autres, je sais juste qu’il ne m’était pas si facile de m’adresser à eux, tant le « tu » me semblait peu naturel.

 


La mort n’efface rien. Elle donne juste un peu plus de valeur à tout ce qu’on a reçu dans l’enfance.

 

Par caroline - Publié dans : Mémoire en éclats
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Dimanche 18 novembre 2007

Derrière la vitre, on guettait le moment où la pluie cesserait enfin de tomber.

Équipés de bottes en caoutchouc et de boîtes vides de chocolat en poudre dont le couvercle de plastique jaune avait été soigneusement perforé, on partait ramasser des escargots. Sortant eux aussi de leurs coquilles, pour profiter de l’accalmie, ils ne se méfiaient pas et se laissaient emporter sans aucune résistance.

Quand la boîte était pleine, on pouvait rentrer. 

Ce dont je ne me souviens pas en revanche, c’est ce que l’on pouvait bien faire après, avec tous ces escargots.

 

Par caroline - Publié dans : quatre saisons
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Vendredi 28 septembre 2007
Par la fenêtre, je vois des arbres. Seulement des arbres.
Je voudrais ne pas les voir, mais ils sont là, et je n'ai rien d'autre à faire. 
Alors, je les regarde. 

Quelques feuilles, déjà, ont commencé à jaunir. 
Cette année encore, toutes mes parades n'auront servi à rien. 
L'automne est là, dans le rafraîchissement brutal du fond de l'air, et le silence des cigales, que personne ne semble avoir remarqué.

Après viendra la pluie. 
Les longues journées grises et froides de novembre. 
Celles qui donnent envie de se terrer chez soi, calé au fond du lit, à lire tous les livres que l'on n'a jamais lus, pour oublier que dehors, le monde s'est éteint.

C'est peut-être pour ça que certains animaux hibernent. Parce qu'il n'y a plus rien à voir hors du terrier. Plus rien à faire non plus. Si ce n'est dormir, d'un long sommeil sans faim et sans rêve, en attendant le printemps.
Par caroline - Publié dans : quatre saisons
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Mercredi 18 juillet 2007
Nuit après nuit tissé
au coeur de l'invisible

Le fil qui court
de toi 
à moi

Souffle léger
qui nous porte en avant

Comme le vent
gonfle la voile du navire

Et le fait glisser 
derrière l'horizon.
Par caroline - Publié dans : L'Autre
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Dimanche 24 juin 2007

Pour ne laisser aucune trace 
De mon passage
J'emprunterai le pas de la louve 
Léger et silencieux

A la lisière du bois
 Loin du commerce des hommes
Je  bâtirai ma demeure
De paille et de vent

Et pour apaiser ma faim
Je laisserai couler
Entre mes doigts
L'eau glacée du ruisseau.

Par caroline - Publié dans : Je est une autre
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Jeudi 7 juin 2007

Tendre un hamac entre deux arbres et faire semblant de dormir pendant que les enfants jouent dans le jardin.

Lancer des cailloux dans l'eau, juste pour le plaisir de les entendre faire "ploc".

Cueillir des mûres pour faire de la confiture. En mettre plus dans la bouche que dans le panier prévu pour la récolte.

Ouvrir un oeil pour s'assurer que le jour s'est bien levé. Le refermer.

Du bout des orteils, tracer quelques mots dans le sable mouillé.

Voler un baiser à celui qui ne s'y attendait pas.

Perdre sa montre et oublier de la chercher.

Cultiver l'inutile et l'agréable...


fleurs de printemps.jpg
Marine "Composition spontanée", Juin 2007

Par caroline - Publié dans : Impromptus
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Samedi 2 juin 2007

Ecouter l'appel du vent
Chargé de sel
De sable
Et de silence

Caresser
Amoureusement
Les champs de blé
Et les chevelures dénouées

Remonter lentement
Le courant d'air
Jusqu'à sa source

Et regarder le monde avec les yeux du premier homme.


calli1.jpg

 

Calligraphie de Abderrazak Hamouda
Tahar Bekri, Le vent sans abri,
Ed. Signum, Paris 2004
Avec l'aimable autorisation de M.Tahar Bekri

http://tahar.bekri.free.fr/


Par caroline - Publié dans : Impromptus
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Jeudi 24 mai 2007

Dans le silence du matin 
Le parfum des genêts.

Frémissement de feuilles
Agitées par les vents impatients.

La terre encore humide
Réveille les semences
Endormies dans son ventre.

Mon souffle déposé entre tes mains.


Je viens juste de naître. 

 

Par caroline - Publié dans : Impromptus
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Samedi 12 mai 2007

Eclosions rouges de coquelicots

Baisers du printemps

A la terre endormie 
  

mai-010.jpg  20 mai 2007 

Par caroline - Publié dans : Impromptus
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"Il faut encore avoir quelque chaos en soi pour pouvoir engendrer une étoile qui danse."

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